Faire résonner la voix des enfants et des jeunes
Tous·toutes les enfants et les jeunes ont le droit de participer et d’être impliqué·e·s dans tous les débats, les réflexions, et les actions qui permettent de faire évoluer la société au quotidien. Ils·elles n’ont pas seulement le droit d’être écouté·e·s et entendu·e·s mais aussi d’être consulté·e·s, inclus·es et associé·e·s aux discussions, comme les adultes.
Un droit fondamental
Le droit à la participation des enfants est fondamental et consacré par la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant. Il est lié aux droits à la liberté de pensée (article 14), d’opinion (article 12), de réunion et d’association (article 15), et à la liberté d’expression (article 13). C’est un principe transversal et un levier puissant pour le respect de l’ensemble des droits de l’enfant. Pourtant, il est encore peu connu et peu appliqué dans la société — trop souvent considéré comme un privilège octroyé aux enfants et aux jeunes.
Au cœur de nos activités
La participation des enfants et des jeunes est au cœur de nos modes d’action. Nos activités de participation sont étroitement liées à notre engagement pour la protection de l’enfance, et nous veillons à promouvoir un cadre serein, inclusif, sûr et propice à la participation pleine et entière de chacun·e.
Nous favorisons une participation transversale dans tous nos projets et activités, selon les disponibilités et souhaits des enfants et des jeunes. Pour ce faire, notre équipe compte un point focal participation, Anna Rodriguez, qui s’assure que les jeunes et enfants soient consultés et permet d’aiguiller en matière de méthodologies et de bonnes pratiques.
Quelques exemples concrets
Prévenir la violence contre les enfants et jeunes migrant·e·s | Become Safe
Qui de mieux placé·e·s que des jeunes ayant vécu un parcours de migration pour sensibiliser des enfants en demande de protection internationale ? Une quinzaine de jeunes ambassadeurs des droits de l’enfant ont été outillé·e·s et appuyé·e·s pour consulter des enfants sur leurs besoins, et concevoir du matériel de sensibilisation sous la forme qu’ils souhaitaient. Grâce au soutien de professionnel·le·s, 3 supports ont été créés : une vidéo, une bande-dessinée et plusieurs scènes de théâtre-action.
Paroles de jeunes
Dans le cadre du projet Elevating Children’s Voices and Votes, nous avons mis à l’honneur la voix de jeunes expert·e·s de vécu dans 3 vidéos : 4 jeunes se sont exprimé·e·s sur le non-respect des droits des jeunes palestinien·e·s, et 1 jeune a témoigné sur la violence des procédures pour les jeunes demandeurs·euses d’asile.
Les droits des enfants en danger pendant une crise | CARES
Nous avons donné la voix à des jeunes placés dans des institutions de l’Aide à la jeunesse pour qu’ils·elles s’expriment sur le respect de leurs droits en temps de crise et co-créent des outils de sensibilisation et des modules de formation à destination de professionnel·le·s.
Protéger les enfants contre les violences lors d’activités sportives | PARCS 2.0
Lors d’une semaine d’activités avec des enfants de primaires, nous avons recueilli leurs avis pour co-créer une vidéo de sensibilisation à destination d’autres enfants de leur âge.
Au travers des barreaux
Dans le cadre du projet Children’s rights behind bars, des jeunes de l’IPPJ de Saint-Hubert ont participé à un atelier photo pour exprimer leur vécu et communiquer un message au monde extérieur dans un langage symbolique. Pendant 5 jours, ces jeunes privés de liberté ont regardé la réalité de leur enfermement au travers de l’objectif d’un appareil photo.
Sensibiliser à la violence de genre | BRIDGE
Des œuvres réalisées par des enfants en migration résidant en centres d’accueil ont été publiées dans notre exposition virtuelle « Regards d’enfants sur les violences basées sur le genre », diffusée au sein du réseau d’accueil pour sensibiliser un maximum d’enfants en situation de migration.
Nos recommandations
- Les adultes doivent s’adapter pour créer les conditions qui favorisent la participation de tous·toutes, en tenant compte des spécificités de chacun·e (âge, genre, situation de vulnérabilité).
- Il faut ancrer la participation dès le plus jeune âge et donner aux enfants les moyens pour qu’elle soit effective. Un·e enfant à qui on n’a jamais demandé l’avis aura besoin de temps, d’outils et d’accompagnement.
- Il est impératif de mieux former les professionnel·le·s sur le droit à la participation, pour en faire un levier concret dans leurs pratiques quotidiennes.
- Il s’agit de promouvoir des approches et des méthodologies qui permettent de co-créer, afin d’assurer une participation effective et dans de bonnes conditions.
- Il convient de ne pas manipuler les enfants ni d’instrumentaliser leur voix, mais de voir comment ils·elles souhaitent s’investir et de valoriser cette participation, notamment par une compensation si c’est leur souhait.
Une question ? Une idée ? Contactez Anna Rodriguez, point focal participation.
Protéger les enfants et jeunes en migration contre les violences
La moitié des réfugié·e·s dans le monde sont des enfants (UNICEF, 2022) et l’Europe n’en accueille qu’une très faible partie (HCR, 2022). En Belgique, environ un tiers des personnes en demande d’asile sont des enfants. Nombreux·ses sont ceux·celles qui arrivent seul·e·s. Tous·toutes, qu’ils·elles soient seul·e·s ou en famille, ont un besoin de protection particulier. Un·e enfant est toujours et avant tout un·e enfant — il·elle doit être traité·e comme tel·le et accéder à tous ses droits fondamentaux, qu’il·elle soit ou non en migration.
De quelles violences s’agit-il ?
En 2022, avec 15 autres associations et des travailleur·euses de centres d’accueil, nous avons publié une bande dessinée basée sur des centaines de témoignages de terrain : « Quel monde pour moi ? ». Elle fait résonner la voix des enfants pour que leur parole soit enfin entendue. Parmi les violences pointées :
- Les procédures de protection sont trop longues et les enfants manquent souvent d’informations compréhensibles
- Ils·elles doivent répéter leur histoire à plusieurs personnes, ce qui réactive les traumatismes
- Beaucoup font l’objet de comportements stigmatisants et discriminatoires
- Les victimes de violences basées sur le genre n’ont pas accès aux soins nécessaires
- Les enfants sont encore trop souvent victimes de violences institutionnelles : pas d’accès automatique à un·e interprète, ni d’orientation systématique vers un·e tuteur·rice
- En cas de violences dans les centres d’accueil, les agresseurs·euses ne sont pas accompagné·e·s
« Je vois des choses racistes dans mon école. Il y a des gens qui ont écrit « sales arabes, les noirs, retournez chez vous »… Du coup, c’est vraiment frustrant. Et tu as toujours ce sentiment : je suis là mais je ne suis pas chez moi. » — T.
« Si je pouvais revenir en arrière, j’aimerais mieux m’exprimer, raconter mon problème et mon histoire. » — S.
Violences basées sur le genre
Les enfants en migration sont particulièrement vulnérables aux violences basées sur le genre : mariage précoce et forcé, violence sexuelle, exploitation sexuelle, violences domestiques, mutilations génitales. Notre projet BRIDGE (2018-2020), mené avec 8 associations dans différents États membres de l’UE, visait à sensibiliser les professionnel·le·s de l’accueil et à renforcer leurs capacités à soutenir les victimes, en garantissant la participation des premier·e·s concerné·e·s.
Nos recommandations
- Toutes les procédures impliquant un enfant doivent garantir une analyse explicite, indépendante et multidisciplinaire de son intérêt supérieur, et la décision prise doit être motivée en prenant cet intérêt en compte.
- Les capacités de tous·tes les professionnel·le·s et bénévoles en contact avec des enfants en migration doivent être renforcées par des formations continues, notamment sur l’interculturalité, le genre, l’exploitation sexuelle et la traite.
- Des protocoles de protection de l’enfance et des mécanismes d’orientation doivent être mis en place dans les centres d’accueil et entre les entités responsables.
- Chaque enfant doit bénéficier d’un accueil adapté, pluridisciplinaire, dans un environnement protecteur et bienveillant.
- Les procédures doivent être plus rapides, et chaque enfant doit avoir automatiquement accès à un·e interprète et être systématiquement orienté·e vers un·e tuteur·rice.
- Les enfants en migration et les enfants belges doivent avoir accès aux mêmes services et opportunités.
Nos actions en justice
Procès Mawda, décembre 2022
Le 17 mai 2018, Mawda, une petite fille de 2 ans, était tuée par la police lors d’une course poursuite sur l’autoroute. Nous avons assigné l’État belge en justice pour faire éclater la vérité sur sa responsabilité et pour qu’un tel drame ne se reproduise plus jamais. Le 17 février 2023, le Tribunal de première instance de Bruxelles a condamné l’État belge : deux fautes structurelles graves ont été retenues — la Belgique aurait dû prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant lors de l’opération de police, et les policier·e·s devraient être formé·e·s aux droits de l’enfant lors d’opérations d’interception. Nous nous réjouissons de cette avancée, mais déplorons que les autres dysfonctionnements pointés n’aient pas été condamnés. Un recours a été introduit le 29 mars 2023.
Procès Barry c. Belgique, mars 2022
Au sujet des techniques utilisées pour évaluer l’âge officiel des mineurs étrangers non accompagnés (MENA), nous avons introduit une tierce intervention auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’affaire Barry c. Belgique.
Notre combat contre la détention d'enfants pour des raisons de migration
Après avoir fui les violences et les dangers, les enfants doivent encore affronter les chemins de l’exil. En arrivant en Europe et en Belgique, de nombreux obstacles se dressent devant eux·elles avant qu’on leur reconnaisse le droit à être protégé·e·s. Ils·elles risquent notamment d’être détenu·e·s avant d’être expulsé·e·s s’ils·elles n’ont pas les bons papiers. Pourtant, la législation européenne et internationale prévoit que l’enfermement d’un enfant ne devrait être qu’une mesure de dernier recours. Des alternatives existent.
Dans toute décision impliquant un enfant, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui doit primer. Depuis que cette pratique existe, nous dénonçons l’enfermement d’enfants en raison de leur situation migratoire. Nous nous sommes mobilisé·e·s sans relâche — en alertant les médias, en organisant des conférences, en créant un tribunal d’opinion constitué d’enfants, et en menant des actions en justice.
« Avec mes parents, j’ai été emmenée dans un centre de détention administrative pour familles, pour être ensuite renvoyée dans notre pays d’origine. J’avais fréquenté une école primaire francophone pendant six mois. Je voulais tellement rester en Belgique. » — N., 12 ans
« La police a essayé par trois fois de me mettre dans un avion pour Kinshasa. Finalement, j’ai été libéré et maintenant je suis un étudiant comme les autres, mais je dors toujours mal et j’ai besoin d’un soutien psychologique. » — J., 20 ans
Notre chronologie
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2018 : Des « unités familiales » ouvrent au centre 127bis. Avec 14 associations et l’Ordre des barreaux, nous attaquons l’État belge devant le Conseil d’État pour demander l’annulation de l’arrêté royal du 22 juillet 2018. La campagne « On n’enferme pas un enfant. Point. » réunit 48 000 citoyen·ne·s et 325 associations.
- Avril 2019 : Le Conseil d’État suspend l’arrêté royal. Il n’est plus possible de détenir des enfants dans les conditions existantes, mais la loi ne l’interdit pas encore formellement.
- Septembre 2020 : La Vivaldi inscrit dans son accord de gouvernement que « des mineurs ne peuvent pas être détenus en centre fermé. »
- 9 mars 2023 : Le gouvernement Vivaldi arrive à un accord mentionnant l’interdiction de placer un enfant dans un centre fermé, à inscrire dans la loi.
- Depuis mai 2024 : Après des années de mobilisation, la loi belge interdit enfin de détenir un enfant en centre fermé du fait de son statut migratoire.
Malgré cette avancée, le combat continue. Le Pacte européen sur la migration et l’asile (adopté en mai 2024, applicable en 2026) autorise la détention d’enfants aux frontières extérieures de l’UE dans le cadre des procédures de filtrage — une violation des articles 3 et 37 de la Convention internationale des droits de l’enfant. Et les « maisons de retour » — formes alternatives de détention moins connues mais tout aussi nocives — restent en vigueur. Il en existe 28 en Belgique.
Nos recommandations
- Considérer comme enfants les mineurs étrangers non accompagnés (MENA) qui se présentent comme tels.
- Interdire les formes alternatives de détention, comme les « maisons de retour », qui violent aussi les droits des enfants et ont des impacts nocifs sur leur santé.
- Renforcer les droits procéduraux des enfants, notamment en leur permettant d’accéder à une aide juridique lorsqu’il y a un risque d’envoi en maison de retour.
- Créer un cadre légal pour protéger les enfants afin qu’ils·elles ne soient pas séparé·e·s de leurs parents détenus.
Notre plaidoyer pour une éducation non violente pour chaque enfant
Tous les enfants ont le droit d’être protégé·e·s des violences physiques, psychologiques, sexuelles et de la négligence. À ce titre, tous les enfants ont le droit d’être éduqués de manière bienveillante, sans violence. Il est largement prouvé que l’utilisation de violences dans l’éducation a des conséquences néfastes à court et à long terme. Pourtant, ces violences sont encore largement utilisées par les parents et les professionnel·le·s de l’éducation en Belgique, notamment car elles sont parfois considérées, à tort, comme ayant des vertus éducatives. On les appelle les Violences dites Éducatives Ordinaires (VdEO).
Les conséquences négatives des VdEO ne sont plus à démontrer. La fessée, par exemple, a des répercussions importantes sur le développement de l’enfant et diminue les chances de croissance complète du cortex préfrontal. Les coûts pour la société sont considérables, alors qu’ils pourraient être évités en grande partie si des mesures adéquates étaient prises contre toute forme de violence contre les enfants.
Des violences encore très répandues
Un sondage réalisé en mars 2020 auprès d’un échantillon représentatif de plus de 2 000 personnes montre notamment que :
- La moitié des personnes interrogées considère adapté de « mettre une petite claque » à son enfant, et un quart donnerait une fessée dans des cas exceptionnels.
- Plus d’une personne sur 5 (22 %) estime que les punitions physiques sont bénéfiques, et 17 % que les punitions psychologiques le sont.
- 1 répondant·e sur 10 juge que tirer les oreilles, pincer, priver de repas, enfermer ou utiliser régulièrement un surnom insultant sont des « sanctions appropriées ».
- 7 répondant·e·s sur 10 ne savent pas ce qui est autorisé ou non en matière de sanctions éducatives.
- 85 % de la population sondée est favorable à l’adoption d’une loi éducative plutôt que punitive.
« Mon père me donne des gifles sur la joue. » — C.
« Une fois, on m’a privé de manger le soir durant deux jours. » — L.
« S’il prend la ceinture et dit qu’il va frapper mais ne frappe pas, ça va. » — P.
Nos recommandations
Au niveau fédéral, nous appelons à voter une loi qui interdise clairement l’usage de la violence à des fins éducatives, en insérant un article dans le Code civil. Après avoir plaidé pendant de nombreuses années sans obtenir satisfaction, nous avons envoyé une mise en demeure de l’État belge d’adopter une telle législation. Le délai fixé au 20 novembre 2023 ayant expiré, la question a été soumise au tribunal de première instance.
Pour tous les niveaux de pouvoir, nous appelons à mener des campagnes d’information sur les conséquences de la violence dans l’éducation, former les professionnel·le·s, renforcer la prévention, et mettre en place des dispositifs de soutien à la parentalité non violente, accessibles et inclusifs.
Questions/réponses
Existe-t-il une loi qui protège les enfants contre les violences dans l’éducation en Belgique ?
En octobre 2023, la Fédération Wallonie-Bruxelles a interdit formellement toute violence dans l’ensemble de ses structures : crèches, écoles, institutions, mouvements de jeunesse, clubs sportifs. Au niveau fédéral, la Belgique reste l’un des derniers pays européens à ne pas avoir adopté une loi interdisant les punitions corporelles dans le cadre de l’éducation, malgré plusieurs condamnations par le Comité des droits sociaux du Conseil de l’Europe.
Que prévoit la Convention internationale des droits de l’enfant ?
L’article 19.1 de la Convention prévoit que les États parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales. Pour le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, éliminer les châtiments violents via réforme législative constitue une obligation immédiate et inconditionnelle des États parties.
Une loi enverrait-elle les parents en prison ?
Non. La maltraitance avérée est déjà punissable par le Code pénal. Ce que nous demandons, c’est une modification du Code civil — pas du Code pénal. L’objectif est de faire évoluer les mentalités en faveur d’une éducation bienveillante et non-violente, et de soutenir les parents et professionnel·le·s dans leur rôle éducatif, sans les stigmatiser.
Notre plaidoyer pour une justice adaptée aux enfants
Les enfants sont amené·e·s à entrer en contact avec la justice dans divers contextes : protection, statut de victime ou de témoin, infraction, séparation des parents, séjour. Dans ces situations, ils·elles se retrouvent souvent propulsé·e·s dans un univers d’adultes qu’ils·elles ne comprennent pas — une justice sur laquelle ils·elles ne peuvent pas toujours compter, et qui peut même être source de victimisation secondaire. Une justice adaptée aux enfants est indispensable.
Les enfants en conflit avec la loi sont également dans une situation de vulnérabilité importante. Ils·elles doivent être traité·e·s de manière spécifique, différemment des adultes, en tenant compte de leurs besoins de manière individualisée.
Nous appelons l’État belge à mettre en œuvre les lignes directrices du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe sur une justice adaptée aux enfants, qui reconnaissent notamment le droit à une aide juridique adaptée et de qualité pour tout·e enfant, ainsi que l’obligation de former les avocat·e·s et les professionnel·le·s de la justice aux droits des enfants et à la communication avec eux·elles.
Seul·e un·e jeune sur cinq se dit suffisamment informé·e sur la justice
Avec le Forum des Jeunes, nous avons collecté la parole des jeunes sur leur rapport à la justice. Seul·e 1 jeune sur 5 se dit suffisamment informé·e sur la justice, son rôle et son fonctionnement. Plus de la moitié (55,6 %) des jeunes interrogé·e·s disent ne pas avoir été bien préparé·e·s avant leur audience.
« Je n’ai pas eu l’occasion de parler. Le juge te demande pourquoi tu as fait ça, tu essaies de répondre, tu ne sais pas forcément le faire, il commence à s’énerver… » — A.
« C’est très difficile de comprendre toutes les informations reçues, les professionnel·le·s, surtout la juge, s’expliquent de manière complexe. » — H.
Des procédures trop peu adaptées
Trop de mesures prises envers des mineur·e·s ne sont pas individualisées ni adaptées à leur âge — notamment en cas de dessaisissement, ou pour les sanctions administratives communales. Nous appelons l’État à garantir que les mesures des juges de la jeunesse donnent réellement la priorité à la réintégration, aux mesures éducatives et restauratrices.
Entre 1,3 et 1,5 millions d’enfants sont privé·e·s de liberté chaque année dans le monde. En Belgique, environ 1 700 jeunes ont été détenu·e·s en IPPJ ou en Gemeenschapsinstellingen chaque année entre 2013 et 2016. Détenir un enfant est une violence. La Belgique doit agir pour réduire effectivement ce nombre.
Nos recommandations
Au niveau fédéral :
- Former les avocat·e·s et les professionnel·le·s de la justice aux droits de l’enfant, de manière obligatoire et continue.
- Garantir le droit à une aide juridique gratuite et de qualité pour tout enfant confronté à la justice.
- Garantir que tout enfant soupçonné·e d’infraction de roulage soit jugé·e par le Tribunal de la jeunesse plutôt que par le Tribunal de police.
- Réduire effectivement le nombre d’enfants détenu·e·s et mettre en œuvre les recommandations de l’étude mondiale des Nations Unies sur les enfants privés de liberté.
Au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
- Réformer les législations communautaires concernant la protection de la jeunesse pour mettre fin au dessaisissement.
Notre action pour protéger les enfants contre l'exploitation sexuelle
En 2020, plus de 15 000 personnes étaient reconnues victimes de traite des êtres humains en Europe, dont 29 % exploitées à des fins sexuelles. Plus de 40 % de ces victimes étaient des enfants (UNODC, 2022). En 2022, les Nations Unies déclaraient cette lutte urgence mondiale.
Les données publiées sont alarmantes et ne reflètent qu’une partie de la réalité. Le nombre total de victimes d’exploitation sexuelle est sous-estimé du fait des difficultés de signalement, du manque de formations des professionnel·le·s pour détecter les cas et de la méconnaissance générale du phénomène. En 2022, en partenariat avec ECPAT-Belgique, nous avons publié une étude soulignant qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, très peu de données sont disponibles sur ce phénomène.
Nos témoignages de terrain
Notre étude, commanditée par deux cabinets ministériels de la FWB, a recueilli les témoignages de plus d’une cinquantaine d’acteurs·trices de terrain issus des secteurs de la justice, de la police, et des milieux associatif et institutionnel. Ils·elles s’accordent à dire que le phénomène est en augmentation.
« Les filles commencent de plus en plus jeunes, on est aux alentours de 13, 14 ans. La plus jeune est entrée en prostitution à 12 ans. » — Association d’accueil de mineur·e·s
« On n’est jamais assez outillés. La formation continue est essentielle. On a surtout un manque de moyens et d’effectifs, on est débordé·e·s. » — Service institutionnel
« Après avoir été violée, maltraitée et battue, on m’a dit que je devais me prostituer. » — Témoignage recueilli par ECPAT France
Notre étude a mis en évidence trois lacunes majeures : l’absence d’outils harmonisés pour recenser les cas, des procédures inadaptées à la détection et à la prise en charge des victimes, et un manque criant de formations pour les acteurs·trices de terrain. Nous avons porté ces constats et nos recommandations avec ECPAT-Belgique, Esperanto, Samilia et Child Focus, devant les cabinets concernés.
Nos recommandations
Nous appelons les autorités compétentes à :
- Assurer une cohérence entre les niveaux de pouvoir dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineur·e·s.
- Encourager une coordination solide entre les professionnel·les de l’aide à la jeunesse, de la justice et de la migration.
- Créer des outils de recensement des cas suspectés ou avérés d’exploitation sexuelle au niveau de la police, de la justice et des associations.
- Rendre obligatoires les formations sur l’exploitation sexuelle et la traite pour tous les acteur·trices de première ligne.
- Accorder aux mineur·e·s étranger·ère·s victimes de traite un permis de séjour fondé sur leur intérêt supérieur en tant qu’enfants.
- Supprimer l’obligation légale pour les mineur·e·s de coopérer avec les autorités dans le cadre des procédures pénales contre leurs exploitant·e·s.
- Créer un groupe spécial de tuteurs·trices et avocat·e·s expérimenté·e·s sur cette thématique.
- Mettre en œuvre l’obligation de signaler la disparition d’un·e mineur·e en migration par les centres d’hébergement.
Questions/réponses
Qu’est-ce que l’exploitation sexuelle ?
Un·e enfant est victime d’exploitation sexuelle lorsqu’il·elle est contraint·e de se livrer à une activité sexuelle en échange d’une contrepartie — pécuniaire ou autre — perçue par une tierce personne, l’agresseur·e ou l’enfant lui-même. La contrainte peut être physique, psychologique ou liée à une situation de vulnérabilité (pauvreté, négligence, absence de tuteur·rice…). L’exploitation sexuelle peut également avoir lieu en ligne, ce qui est de plus en plus courant.
Est-ce que les victimes sont toujours des mineur·e·s étranger·ère·s ?
Non. Bien que les mineur·e·s étranger·ère·s non-accompagné·e·s soient particulièrement vulnérables, tout enfant en situation de vulnérabilité peut en être victime. L’utilisation croissante d’Internet expose davantage tous les enfants à ce risque.
Quelle est la différence entre exploitation sexuelle et traite des êtres humains ?
L’exploitation sexuelle n’induit pas nécessairement des faits liés à la traite. La traite est caractérisée par une action (recruter, transporter, héberger…), un but (exploitation sexuelle, travail forcé, mendicité…) et un moyen (force, menace, tromperie…). L’exploitation sexuelle peut donc exister en dehors d’un contexte de traite, et inversement.
Notre mémorandum politique 2024
La Belgique a réalisé plusieurs avancées en matière de droits de l’enfant au cours de la dernière législature, mais de nombreux défis restent à relever. Nos recommandations, portées dans notre mémorandum politique 2024, sont basées sur les témoignages directs d’enfants et de jeunes, et couvrent 8 thématiques prioritaires.
Nos combats portent sur la justice adaptée aux enfants, la lutte contre les violences dans l’éducation, la protection des enfants dans le sport et les loisirs, la lutte contre l’exploitation sexuelle, le contrôle des lieux de privation de liberté, l’interdiction de la détention d’enfants en migration, la protection des enfants et jeunes en migration contre les violences, et la protection des enfants affectés par les conflits armés.
Chacune de ces thématiques est nourrie par les témoignages des enfants et des jeunes directement concernés, que nous consultons et impliquons à toutes les étapes de notre travail.
